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Les autorités françaises ont finalement décidé de lever le secret-défense sur l'assassinat, en 1996, de sept moines trappistes en Algérie. Des documents confidentiels traitant de cette sombre affaire commencent à être déclassifiés. Le ministère français des Affaires étrangères a fait parvenir au juge antiterroriste Marc Trévidic, chargé de l'instruction, 26 documents. Le ministère de la Défense va lui aussi déclassifier 78 documents supplémentaires, en attendant que le ministère de l'Intérieur lui emboîte le pas.
La levée du secret-défense dans cette affaire a été demandée après les révélations fracassantes du général François Buchwalter devant la justice, en juillet dernier. Cet ancien attaché de défense français à Alger soutient la thèse d'une bavure de l'armée algérienne dans la mort des sept moines de Tibhirine, que les autorités algériennes attribuent au Groupe islamique armé (GIA). Ce groupe aurait revendiqué, le 26 avril 1996, l'enlèvement des sept religieux et proposé de les échanger contre ses militants détenus. Relations douteuses D'après le quotidien Le Monde, qui a consulté les documents déclassifiés, la diplomatie française se posait à l'époque de sérieuses questions sur les rapports entre les services de renseignements algériens et Djamel Zitouni, chef du GIA à l'époque. « On ne peut exclure que les services algériens (...) en sachent plus qu'ils ne le disent sur les intentions de Zitouni: on prétend qu'ils (le) manipuleraient plus ou moins », peut-on lire dans une note de l'ancien ministre des Affaires étrangères Hervé de Charette à son directeur de cabinet, Hubert Colin de Verdière, quelques jours après l'enlèvement des moines. Les interrogations sur les relations douteuses entre Zitouni et le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le puissant service de renseignements algérien, ont été évoquées dans une autre note du Quai d'Orsay. On apprend aussi à la lecture de ces documents que l'ancien numéro deux du DRS, le général Smaïn Lamari, aujourd'hui décédé, aurait confié à Philippe Parant, ancien patron du contre-espionnage français, qu'il « considérait encore Zitouni, il y a peu, comme un élément plutôt commode », avant de le trouver « moins contrôlable ». Ces confidences apportent de l'eau au moulin de ceux qui soutiennent, notamment dans l'opposition algérienne, que Djamel Zitouni et le GIA sont une pure création des services de renseignements algériens. Il ressort aussi des notes et autres télégrammes obtenus qu'au moment des faits, Alger laissait filtrer peu d'informations sur la disparition des moines. La thèse de la bavure Le général François Buchwalter contredit la thèse selon laquelle les moines avaient été tués par les islamistes du GIA. Citant les confidences d'un haut gradé algérien, dont il n'a pas révélé le nom, il a fait savoir que les moines trappistes ont été tués par des tirs d'hélicoptères militaires algériens, qui avaient ouvert le feu sur ce qui semblait être un bivouac de terroristes islamistes. "C'était dans une zone vidée et les hélicoptères ont vu un bivouac. Comme cette zone était vidée, ça ne pouvait être qu'un groupe armé. [Les militaires algériens] ont tiré sur le bivouac. [...] Une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient notamment tiré sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles" avait affirmé le général François Buchwalter Ces révélations laissent croire que l'armée algérienne, embarrassée par cette prétendue bavure, aurait décapité les moines pour ne remettre aux autorités françaises que leurs têtes, cachant ainsi leurs corps criblés de balles. La ruse présumée aurait pour objectif d'imputer le crime aux terroristes du GIA, qui étaient du reste rompus à l'effroyable procédé de la décapitation. Toutefois, un autre ancien chef du GIA, Abdelhak Layada, a affirmé que les moines avaient été exécutés par son mouvement. Cette affaire embarrasse aussi bien Alger que Paris. Me Patrick Baudouin, avocat des parties civiles, avait déjà déclaré que les révélations du général Buchwalter, qui sont « extrêmement crédibles », « illustrent les mensonges des autorités algériennes, mais aussi le silence complice de l'État français ».
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